La loi sur la double nationalité ne permet pas au pays de profiter suffisamment des apports financiers et intellectuels de ses citoyens ayant acquis la nationalité de leur pays d’accueil.
Élu en septembre 2017 comme président de la Société camerounaise de l’art musical, le musicien Camerounais Ndedi Eyango a été contraint en décembre 2017, d’abandonner son poste de président de cette société camerounaise des droits d’auteurs, pour des questions de double nationalité. Malgré le fait qu’il détenait la carte d’identité nationale n° 1109855093 délivrée le 17 décembre 2009 à Yaoundé, on l’a obligé à abandonner son poste à cause de son autre nationalité américaine.
Si au fond du conflit il faut reconnaître que sa tête ne plaisait pas trop au ministre de la culture de l’époque, il faut reconnaître que le natif du département du Moungo a été évincé parce qu’il était citoyen américain.
Trois ans après, à la faveur des élections municipales et législatives de 2020, Hervé Emmanuel Nkom, militant du Rdpc, investi comme candidat à la députation à Wouri Est, est lui aussi victime du même coup.
La candidature du militant dévoué du Rdpc est invalidée par les juges du Conseil constitutionnel, pour cause de double nationalité. Il est reproché au militant Rdpc de Douala 5ème, de détenir une autre nationalité, celle française.
Comme Ndedi Eyango et Hervé Emmanuel Nkom, de nombreux citoyens Camerounais ayant acquis la nationalité de leur pays d’accueil à l’étranger, ont de la peine à contribuer à la vie sociale, économique et politique du pays à cause de cette question de double nationalité.
Venus au pays parfois pour réaliser des projets importants, ces derniers sont parfois obligés d’abandonner des projets juteux au pays, parce que leur séjour arrive à expiration. Ne pouvant pas jouir de leur nationalité d’origine, ils sont obligés de partir souvent en abandonnant tout sur les chantiers. Autres difficultés pour ces camerounais qui veulent eux aussi contribuer au rayonnement de leur pays d’origine, ils ne bénéficient pas des mêmes encadrements et facilités qu’ils devraient avoir en tant que fils du terroir. Ils sont traités comme des étrangers, ce qui rend l’opération encore un peu plus difficile.
« La conséquence de la loi sur la double nationalité est que, «pour revenir dans leur pays, ces derniers doivent prendre de visa et ils ne peuvent pas prolonger le séjour, s’ils n’ont pas de titre de séjour dans leur pays natal. Et quand ils doivent investir, ils sont considérés comme des étrangers et inscrits dans le registre des étrangers avec toutes les contraintes que cela comporte.», explique Philippe Nanga, coordonnateur de l’Ong « Un Monde avenir ».
«Ils ne peuvent pas accéder à certaines fonctions, bien que disposant de l’expertise en la matière, à cause de la perte de manière mécanique de leur nationalité d’origine », ajoute ce dernier, tout en précisant que c’est le Cameroun qui perd en maintenant une telle loi. « Sur le plan économique, on gagnerait beaucoup à admettre nos frères qui, pour une raison ou une autre, ont acquis d’autres nationalités, pour qu’ils continuent d’investir au pays en tant que Camerounais, et qu’ils fassent bénéficier aux Camerounais de l’expérience dont ils disposent. « Et plus encore, l’énorme richesse matérielle et financière qu’ils possèdent», plaide une fois de plus ce responsable de la société civile.
Son cri de cœur est partagé par Hervé Emmanuel Nkom, victime de cette loi. «Je pense que tous les camerounais pourraient avoir une autre nationalité pour un temps réduit, et réintégrer sa nationalité d’origine.
Selon les données « inward remittance » de la Banque Mondiale (BM), la diaspora camerounaise a contribué de 0,9 % à la formation du PIB du Cameroun en 2020. Ce chiffre est d’ailleurs inférieur à celui des autres nations. Car selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la contribution des Comores est de (13 %), le Sénégal (10 %), le Mali (7 %). Pourtant la communauté camerounaise de la diaspora est la deuxième la plus importante d’Afrique centrale, après la République Démocratique du Congo.
Comme raison de cette faible contribution au Produit intérieur brut, l’étude parle du manque de confiance de la majorité de la population vis-à-vis des services d’administrations publiques, et forcément de la question de la double nationalité. «Des pays comme le Sénégal qui reconnaît la double nationalité, a même réussi au parlement, de réserver un quota de député à la diaspora. C’est une avancée significative qu’on peut copier chez nous. On devrait s’arrimer à ce genre de règle là pour bénéficier de l’expertise technique et économique de la diaspora qui ne demande que ça », déclare Philippe Nanga. Mais en attendant que l’exemple du Sénégal soit copié au pays, les Camerounais de la diaspora souffrent énormément. Car, la loi sur la double nationalité est un réel frein pour eux et pour l’épanouissement du pays.
A titre de rappel, il faut dire que la Loi n°1968-LF-3 du 11 juin 1968, portant code de la nationalité camerounaise précise en son article Article 31 alinéa a) que, «le Camerounais majeur qui acquiert ou conserve volontairement une nationalité étrangère, perd la nationalité camerounaise».
Hervé Villard Njiélé
REACTIONS
Hervé Emmanuel Nkom
«Je suis pour la double nationalité»

Moi je suis pour la double nationalité et sous réserve des dispositions sécuritaires, je pense que tous les camerounais pourraient avoir une autre nationalité pour un temps réduit et réintégrer sa nationalité d’origine. Sur le principe de la modernité, les Camerounais jouent un rôle important dans la construction de la nation, ils investissent, ils font un flux financiers énorme au pays. En fait il y a la nationalité de fait et la nationalité de droit. Je ne comprends pas comment on peut réussir à expliquer qu’un citoyen né au Cameroun n’a pas la nationalisé camerounaise.
Je suis pour la bi nationalité et même la réintégration dans un délai très court. La loi sur la bi nationalité, est une loi qu’on devrait revoir au Cameroun et dans un délai très court. C’est une loi discriminatoire qui n’a servi qu’à éliminer les dissidents politiques et ceux qui ne pensaient pas comme le régime de cette époque-là. C’est une loi qui est dépassée » déclare-t-il tout en plaidant pour sa suppression.
Philippe Nanga
«C’est davantage une question d’instrumentalisation politique»
«La Double nationalité a toute une histoire au Cameroun. Certains nous laissent croire que c’est une décision prise au temps, pour éloigner certains Camerounais taxés de nuisibles au pouvoir en place à cette époque-là.
Aujourd’hui, on peut constater les dégâts que cela crée dans la diaspora camerounaise qui, pour plusieurs raisons, optent pour la nationalité du pays d’accueil, afin de bénéficier d’un certain nombre de privilèges dont profitent les nationaux de ce pays-là. Malheureusement ils se trouvent en train de perdre leur nationalité d’origine, celle du Cameroun. Ceci a pour conséquence que, pour revenir dans leur pays, ils doivent prendre de visa et ils ne peuvent pas prolonger le séjour, s’ils n’ont pas de titre de séjour dans leur pays natal. Et quand ils doivent investir, ils sont considérés comme des étrangers et inscrits dans le registre des étrangers avec toutes les contraintes que cela comporte. Ils ne peuvent pas accéder à certaines fonctions bien que disposant de l’expertise en la matière, à cause de la perte de leur nationalité, selon la règlementation en vigueur. On a vu des acteurs très engagés dans la société camerounaise sortir du jeu politique à un moment parce qu’on s’est rappelé qu’ils avaient une autre nationalité que celle du pays d’origine. Les cas les plus parlants, c’est Ndedi Eyango qui avait été élu au poste de président de la Socam par ses pairs et on a décidé de considérer sa nationalité étrangère et de dire qu’il ne pouvait pas gérer une association au Cameroun. D’autres hommes politiques comme Hervé Emmanuel Nkom en ont été victimes. Celui-ci assume pourtant des missions pour ce parti. La question de la double nationalité au Cameroun pose le problème du deux poids deux mesures. On sait qu’il y a des
Camerounais qui ont d’autres nationalités et qui sont dans des fonctions administratives et même électives connues. Il y a des ministres qui ont la double nationalité. Plusieurs parmi ces personnalités participent souvent aux élections de la république française et des autres pays, mais on ne les inquiète pas. Du coup la question de la double nationalité devient une question politique. Donc on peut se servir pour exclure certaines personnalités. Le fait que le débat sur la question traine, elle sert davantage les intérêts politiques. Car, sur le plan économique, on sait qu’on gagnerait beaucoup avec nos frères. C’est davantage une question d’instrumentalisation politique que celle d’une gestion administrative.»

























