«Une communauté qui se souvient et s’organise, ne plie jamais…»
Il y a un an, le Festival bamiléké du DMV voyait le jour avec pour thème central- « le bamiléké dans l’espace socio-culturel et économique » et nous lancions un appel à l’action mémorable : « Cessons d’être une communauté qui brille dans l’ombre. Osons-nous compter, nous organiser et nous raconter nous-mêmes. » Cet appel a résonné bien au-delà du DMV. Des associations se sont renforcées, des ponts se sont tissés, et notre fierté collective a pris une nouvelle dimension.
Aujourd’hui, pour cette deuxième édition, nous franchissons une étape encore plus décisive. Notre thème central – « Le Bamiléké dans les USA » – n’est pas une simple affiche. C’est une introspection collective, un miroir tendu à notre génération et à celle qui vient. Comment vivons-nous notre « bamilékéité » à des milliers de kilomètres des Grassfields ? Comment nos traditions se réinventent-elles sous les cieux américains, sans perdre leur âme ? Et surtout, comment nos associations deviennent-elles des moteurs concrets d’impact ?
Cette année, nous avons voulu aller au fond des choses. La conférence que vous venez de suivre, ne s’est pas contentée d’effleurer les sujets : elle a plongé au cœur de ce qui touche notre quotidien, nos finances, nos familles et nos identités.
Nous avons commencé par nous demander ce que signifie être Bamiléké habitant aux USA, à l’ère de la globalisation. Aujourd’hui, c’est osciller entre plusieurs mondes. Comment rester soi-même quand tout nous pousse à l’uniformisation ? Puis nous avons traversé l’Atlantique, pour observer comment le Bamiléké vit sa tradition aux États-Unis. Des danses traditionnelles aux récits transmis de génération en génération, en passant par des cérémonies réinventées sur le sol américain, nous avons vu comment nos pratiques résistent et se transforment.
Ensuite, nous avons mis en lumière une force discrète mais redoutable : celle des réseaux invisibles bamilékés dans la création des richesses. Ces liens de confiance, de solidarité et d’entraide défient les modèles classiques – un atout méconnu, mais puissant.
Nous nous sommes arrêtés ensuite sur un symbole qui prête souvent à sourire : le Bamiléké et la chèvre. Derrière l’humour se cachent des enjeux socio-économiques profonds. Symbole culturel, vecteur de prestige, levier économique, marqueur identitaire… nous avons dépassé le rire pour comprendre le phénomène.
Puis nous nous sommes intéressés au couple bamiléké aux États-Unis et à ses défis. Entre pressions familiales, rôles traditionnels et modernité américaine, comment construire un mariage solide sans s’y perdre ?
Enfin, nous avons abordé une question concrète et cruciale : le transfert d’argent vers le Cameroun. Nous avons démystifié les circuits, les bonnes pratiques et les pièges à éviter, pour que chaque envoi devienne un véritable outil de construction.
Voilà le chemin que nous devons faire ensemble. Une plongée sans détour au plus vivant de notre identité.
Parce qu’une communauté sans mémoire ni repères solides, est une communauté vulnérable, nous sommes fiers de vous présenter l’Almanach Bamiléké du DMV. Ce recueil, unique répertorie, met en lumière les associations Grassfields qui font la différence : villages, groupements, chefferies, groupes de développement, mutuelles, cercles, organisations culturelles ou caritatives. Vous y trouverez vos visages, vos noms, vos actions. Plus qu’un simple annuaire, cet almanach sera notre boussole pour les années à venir, car une communauté qui se souvient et s’organise ne plie jamais.
Rappelons-le : l’appel à l’action de l’an dernier reste plus pertinent que jamais. Nous avions dit : « Chaque association doit former un jeune, chaque jeune doit apprendre la langue, chaque famille doit transmettre une histoire, chaque citoyen bamiléké doit investir au moins une once de son temps pour le collectif. » Cette année, nous ajoutons : Et chaque festival doit être une fête utile, où l’on rit, mais où l’on construit.
Alors bienvenue à cette deuxième édition. Venez écouter, débattre, danser, manger, pleurer de fierté. Venez renforcer ces réseaux invisibles qui font notre force. Et repartez avec une seule certitude : le Bamiléké d’Amérique n’est plus seulement une diaspora ; c’est un acteur incontournable de demain.
Et pour conclure, nous laisserons résonner deux proverbes bamilékés. Le premier nous dit : « La natte du sage ne s’use pas par le bas, mais par les histoires qu’elle porte. » Ce qui signifie que notre véritable richesse ne se mesure pas à l’usure du temps, mais à la transmission des récits et des valeurs que nous savons faire vivre. Le second proverbe ajoute : « La chèvre broute là où elle est attachée, mais son regard va vers la colline de ses ancêtres. » Il nous rappelle avec justesse qu’ici, aux États-Unis, nous vivons pleinement notre quotidien américain – nous broutons l’herbe du présent – mais notre cœur et notre identité restent tournés vers nos collines natales.
Ainsi, forts de ce double héritage, avançons fiers et unis.

Pr. Charles Ndeumeni

























